
Une stratégie alcoolisée
Sachant l'importance accordée à la nourriture et l'alcool dans cette entreprise, Olivia a décidé de demander des fonds pour apéritifs, after-work et petits-déjeuners conviviaux au plus grand bonheur de Xavier. Ces fonds lui ont été accordés sous forme de notes de frais illimitées approuvées par Bernard :
« Un apéro le vendredi midi, c'est TOP ! » lui dit-il avec un peu de rose qui lui monte déjà aux joues.
Elle se dit qu'elle devrait organiser un service de véhicules pour raccompagner tout le monde à domicile sans risques.
Un véritable déferlement, que dis-je, un raz-de-marée de bonheur et d'opinions positives allaient submerger Olivia :
« La cybersécurité, c'est super en fait ! Bravo Olivia ! »
L'alcool lui fait gagner des points ! Magnifique ! En réalité, c'est l'occasion de faire passer des messages sans engager de « réel budget », un créneau de formation informelle pré-validé par Hélène :
« Mm ok Olivia, prends Corinne avec toi ! »
Encore une occasion d'affirmer son contrôle et de voir ce qu'il se passe dans les autres départements.
Du "café-cyber" à l'apéritif
Du « café-cyber » du matin à l'apéritif du vendredi midi en passant par l'after-work du jeudi soir, elle intègre également des petits messages sur la cybersécurité, des quiz avec des cadeaux, quelques objets publicitaires d'éditeurs désespérés de leur vendre enfin quelque chose.
« Oh la belle petite peluche ! »
Coût de revient : zéro euros. Impact émotionnel : extraordinaire !
« Ne partagez pas vos mots de passe ! Mojito ! »
« N'utilisez pas de clé USB personnelle ! Quiz ! »
« Ne partagez pas de données personnelles ! Tee-shirts ! »
Un véritable succès d'un point de vue communication, plus compliqué à mesurer concernant l'encadrement de mauvaises pratiques. Mais finalement l'expérience est positive, tout le monde est ravi et on parle enfin un peu d'elle dans l'entreprise. « La copine de Xavier » a la cote !
Une inquiétude croissante
Tout était bon pour faire un peu « la fête » chez BFC Tracteurs, à tel point qu'Olivia commence vraiment à s'inquiéter de sa responsabilité en cas d'accident de la route. Hélène lui a dit qu'il n'y a pas de problèmes, alors pourquoi s'en faire ?
Le lundi, on récupère du week-end. C'est dur, les lundis. C'est le jour où les brasseries locales tournent à plein régime le midi et en fin de journée, on a des choses à se raconter et pas vraiment envie de s'y remettre.
Le mardi, il faut se consoler de ne pas être encore le mercredi. Un petit apéritif avant le match de basket-ball de l'équipe de BFC !
Le mercredi, on fête « la bascule ». En effet, on commence la descente vers le week-end. Alors le mercredi après-midi, c'est léger, souvent assez calme dans les bureaux de BFC.
Et ça dure toute la semaine jusqu'au samedi où parfois l'équipe de football de BFC joue à domicile (coachée par Carl) et où Olivia s'occupe des rafraîchissements et des merguez, le tout dans un petit emballage cyber-éducatif. Et un bon moyen de se rapprocher de Carl.
Une ironie budgétaire
Le plus étrange, c'est qu'on lui a refusé un budget de quelques milliers d'euros pour réaliser un test de pénétration des défenses de l'entreprise, mais les plus de six mille euros dépensés en cafés, viennoiseries, alcool et petits-fours en quelques mois ne semblent choquer personne. L'entreprise a même investi dans une tireuse à bière.
« Bel investissement ! » avait fait remarquer Xavier avec un petit sourire.
Elle réfléchit même à organiser une sorte de « Cyber Auction » avec les objets les plus prisés pour financer son action par les fonds récoltés auprès des employés, mais Hélène n'a pas accepté le concept.
« Pas conforme ? À quoi ? C'est conforme d'organiser des événements festifs alcoolisés ? »
« C'est différent ! »
Attention Olivia, terrain glissant. Hélène commence déjà à grogner !
Des opportunités inattendues
Elle a obtenu d'un fournisseur de technologies cybersécurité d'organiser un cours de cuisine pour les membres du conseil de direction. Encore une bonne occasion de plaider sa cause dans un environnement agréable et de tenter de resserrer les liens avec certains de ses détracteurs comme Jean-Yves (finances) ou les neutres qui l'ignorent comme Jérôme (commerce).
D'une manière générale, ces événements lui ont permis d'avoir l'autorisation de mettre son nez un peu partout. Carl a même accepté un rendez-vous après un apéritif particulièrement arrosé. Il semble enfin accepter sa présence et se comporte avec elle maintenant comme s'il était son manager. Il est vrai qu'il est probablement le favori pour succéder à Xavier lors de son départ, mais ce n'est pas encore le cas.
Afin d'éviter de le braquer, elle a, en apparence, accepté cet état de fait, ce qui lui a permis d'être intégrée dans les discussions avec les fournisseurs de service cybersécurité : pare-feu, antivirus...
L'arme secrète
Mais elle vient de mettre la main sur une autre arme, la plus puissante de toutes. Tout est venu de manière soudaine et totalement imprévue !
Corinne l'apprécie vraiment à force de passer des soirées entières à travailler sur les différentes politiques et programmes de formations. On ne compte plus les cartons de pizza partagés sur le coin d'un bureau en finalisation d'une procédure ou d'une politique quelconque. Jamais Olivia ne l'a traitée comme une assistante, mais plutôt comme une amie, ce qui lui a finalement ouvert les portes d'un des cercles les plus fermés dans l'entreprise : la confrérie des assistantes.
Cette organisation secrète et très sélective réunissait les assistantes de tous les membres du comité de direction.
Contrairement aux idées reçues, ce n'est pas Monique, l'assistante de Bernard, qui en a la charge, mais bien Sylvia, l'assistante de Jean-Yves à la finance. Corinne, la plus jeune et dernière arrivée, a proposé la candidature d'Olivia. Elle leur a fait part des travaux d'Olivia, son acharnement et sa bienveillance à son égard.
Olivia répond à tous les critères. Elle est une femme.
« Check ! »
Elle est chez BFC.
« Check ! »
Et elle est l'assistante de Xavier !
« Euh pardon, je ne suis pas... »
« Bienvenue dans notre club, Olivia, on va t'aider ! »
Finalement, pourquoi pas !